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Préparation mentale · Plaisir & performance

Le jour où un match annulé vous a soulagé

On repère une douleur au genou. On ne repère presque jamais la disparition progressive du plaisir — alors qu'elle coûte souvent davantage.

Annabelle Lauqué 7 min de lecture Jeunes sportifs, adultes, parents

C'est un détail. Il passe presque inaperçu.

Un message arrive : le match est reporté, l'entraînement est annulé, le tournoi est repoussé. Et au lieu de la déception, il y a autre chose. Un relâchement dans les épaules. Un soulagement discret, presque honteux, que l'on ne dirait à personne.

Ce jour-là, quelque chose s'est dit. Pas à voix haute.

Nous avons appris à repérer les blessures physiques. Une douleur au genou, on la nomme, on consulte, on adapte. Mais la disparition progressive du plaisir ne fait pas de bruit. Elle ne gonfle pas. Elle n'apparaît sur aucune imagerie. Elle se contente d'éteindre, semaine après semaine, la raison exacte pour laquelle vous aviez commencé.

Presque personne n'en parle. La perte de plaisir dans le sport passe pour un caprice, ou pour de l'ingratitude quand on a choisi soi-même sa pratique.

Ce n'est ni l'un ni l'autre. C'est un signal.

Le plaisir n'est pas un bonus. C'est un carburant.

Il existe une hiérarchie implicite dans le sport. En haut : le travail, la rigueur, la discipline, le résultat. En bas, quelque part avec les activités de vacances : le plaisir.

Cette hiérarchie est confortable. Elle est aussi fausse.

Le plaisir n'est pas ce qui reste quand tout le reste est fait. C'est ce qui permet à tout le reste de tenir dans la durée.

Un sportif qui prend du plaisir s'entraîne plus régulièrement, encaisse mieux les mauvaises séries, ose davantage, récupère plus vite et s'arrête moins souvent. Ce n'est pas une jolie phrase : c'est une mécanique très concrète.

Quand le plaisir disparaît, ce n'est jamais la motivation qui s'effondre en premier. C'est la prise de risque. On joue plus court. On sécurise. On limite les dégâts. On protège son score plutôt que de construire son jeu.

Un sportif qui ne prend plus de plaisir devient prudent. Et un sportif prudent, quel que soit son niveau, joue en dessous de ce qu'il sait faire.

Autrement dit : la perte de plaisir n'est pas seulement triste. Elle coûte de la performance.

La perte de plaisir dans le sport ne s'installe jamais d'un coup

Il s'érode. C'est ce qui le rend difficile à repérer. Regardez si l'un de ces glissements vous parle.

Le résultat est devenu le seul juge

Au début, une séance pouvait être bonne parce qu'on avait bien senti la balle, bien couru, ri avec les autres. Puis un filtre unique s'est installé : gagné ou perdu. Le problème n'est pas d'aimer gagner — c'est qu'il ne reste plus qu'une seule porte d'entrée au plaisir, et qu'elle est fermée la plupart du temps.

« J'ai envie » est devenu « je dois »

Vous ne dites plus « je vais m'entraîner », vous dites « il faut que j'y aille ». Vous ne préparez plus une compétition : vous la subissez comme une échéance. Le vocabulaire trahit toujours ce que la tête n'a pas encore formulé.

Le plaisir est devenu conditionnel

Vous vous autorisez à être content si vous gagnez. Si vous êtes à la hauteur. Si vous ne décevez personne. Vous n'avez pas arrêté d'aimer votre sport : vous avez mis votre plaisir sous condition, et les conditions sont devenues très difficiles à remplir.

La comparaison a pris toute la place

Le classement, les autres joueurs du groupe, les vidéos vues le soir. Le regard s'est déplacé vers l'extérieur. Et un regard tourné vers l'extérieur n'est plus disponible pour ressentir quoi que ce soit à l'intérieur.

Le perfectionnisme a mangé la satisfaction

Vous jouez bien pendant une heure et vous ne retenez que les trois points ratés. Ce n'est pas de la lucidité : c'est un système d'évaluation qui ne rend jamais aucun verdict positif.

« Prendre du plaisir », ce n'est pas jouer sans exigence

Il faut lever un malentendu, parce qu'il bloque beaucoup de gens.

Retrouver le plaisir de jouer ne signifie pas baisser ses ambitions, arrêter la compétition ou se contenter de « faire du sport pour le fun ». Ce serait un très mauvais conseil, et probablement une trahison de ce qui vous anime.

L'exigence n'est pas l'ennemie du plaisir. La confusion entre exigence et jugement permanent, si.

Un sportif exigeant se fixe des standards élevés et travaille pour les atteindre. Un sportif en jugement permanent se fixe des standards élevés et transforme chaque écart en verdict sur sa valeur personnelle. Les deux s'entraînent dur. Un seul continue longtemps.

On ne travaille pas le plaisir en réduisant les exigences. On le travaille en changeant ce que l'on fait de ses erreurs.

Lucas, 15 ans : « je n'ai plus envie, mais je ne veux pas arrêter »

Perte de plaisir dans le sport : jeune joueur de tennis seul sur un court

Ce sont ses parents qui prennent le premier rendez-vous. Pas parce que Lucas va mal — il ne va pas mal. Simplement, depuis quelques mois, quelque chose ne va plus. Il joue au tennis depuis l'âge de sept ans, il s'entraîne trois fois par semaine, son niveau n'a jamais été aussi bon. Et il traîne pour préparer son sac.

À la première séance, je ne travaille rien. On se rencontre, on parle de ce qu'il vit, de ce qu'il attend — ou de ce qu'il n'attend pas, parce qu'il est venu pour faire plaisir à ses parents et qu'il ne s'en cache pas.

Au bout de vingt minutes, il lâche une phrase :

« Le problème c'est pas de perdre. C'est qu'après, faut rentrer en voiture. »

Tout est là. Ce n'est pas la défaite qui pèse, c'est ce que la défaite déclenche autour de lui. Le silence dans l'habitacle. L'analyse du match qui commence avant même le parking. La sensation d'avoir un compte à rendre. Rien de brutal, rien de malveillant — des parents attentifs, qui l'accompagnent partout, qui y croient pour lui. C'est précisément pour ça que c'est lourd.

Nous mettons trois séances à identifier son mécanisme, et il est très clair une fois posé : Lucas a cessé d'avoir des matchs. Il n'a plus que des examens. Un examen ne se joue pas, il se réussit ou se rate. On n'y prend jamais de plaisir, même quand on l'obtient — on est simplement soulagé.

Ce que nous construisons ensuite lui appartient. Des repères d'évaluation qui ne dépendent plus du score : trois critères de jeu qu'il fixe lui-même avant chaque match et qu'il évalue seul après. Un rituel de fin de match de quarante secondes, avant de quitter le court. Et un accord passé avec ses parents, en leur présence, sur ce dont on parle dans la voiture — et sur le moment où on en parle.

Six séances sur trois mois. Le premier tournoi qui a suivi, il l'a perdu au deuxième tour.

Mais il est rentré en racontant son match.

Récit composite : Lucas n'existe pas. Cette histoire assemble des situations que je rencontre très régulièrement en cabinet, sans reprendre le parcours d'aucun de mes patients. Aucun accompagnement ne ressemble à un autre, et je ne promets aucun résultat en six séances : certains ont besoin de moins, d'autres de bien plus.

Chez les jeunes sportifs, c'est le signal le plus important à écouter

L'abandon sportif à l'adolescence est massif, et il est rarement raconté honnêtement. On invoque le lycée, le manque de temps, les autres priorités. Souvent, ce qui s'est passé avant est plus simple : le sport a cessé d'être un endroit où l'on se sent bien.

Un enfant ne dira pas « j'ai perdu le plaisir de jouer » — ce vocabulaire n'est pas le sien. Il dira qu'il est fatigué. Que le coach ne l'aime pas. Qu'il a mal au ventre le samedi matin. Il traînera pour préparer son sac. Il trouvera l'entraînement « nul » sans savoir expliquer pourquoi.

Ces phrases ne sont pas des excuses. Ce sont des traductions.

Et un mot pour les parents : ce n'est pas parce que vous avez mal fait quelque chose. Un enfant peut perdre le plaisir dans un environnement parfaitement bienveillant. Il suffit parfois d'un palier franchi trop vite, d'une sélection ratée, d'un groupe qui change, d'une comparaison qui s'installe.

Ce qui compte, ce n'est pas d'éviter que ça arrive. C'est de le remarquer assez tôt pour pouvoir en parler.

Beaucoup de jeunes que j'accompagne ne sont pas en difficulté sportive. Ils sont arrivés à un moment où leur pratique leur demande plus d'énergie mentale qu'elle ne leur en rend. Et cela se travaille — souvent bien plus vite qu'on ne l'imagine.

Chez l'adulte, le plaisir est encore plus stratégique

L'adulte pratique en plus de sa vie. En plus du travail, des enfants, de la fatigue, des horaires impossibles. Son sport est donc en concurrence permanente avec autre chose. Et quand une activité ne rend plus rien émotionnellement, elle perd cette concurrence. Toujours.

C'est ainsi que des gens qui ont couru pendant dix ans arrêtent en quelques mois. Sans blessure. Sans décision. Par simple extinction.

Il y a aussi une version plus sournoise : celle où l'on continue. Où l'on va au match du dimanche, où l'on enchaîne les séances, mais où l'on rentre systématiquement avec un goût amer. Un match perdu qui gâche le déjeuner. Une sortie qui laisse plus d'agacement que de satisfaction.

Posez-vous la question franchement : ce temps-là, celui que vous prenez sur tout le reste, est-ce qu'il vous rend quelque chose ?

Ce que l'on travaille réellement, en accompagnement

Le plaisir n'est pas une décision. On ne se réveille pas en choisissant d'aimer à nouveau. C'est un résultat : il réapparaît quand certains mécanismes cessent de le neutraliser.

  • Identifier le moment précis du basculement — il y a presque toujours une période, un événement, un changement de contexte.
  • Examiner votre système d'évaluation : comment vous jugez vos performances, et à quel point ce système est équitable.
  • Distinguer vos objectifs propres de ceux que vous avez absorbés : ceux du club, du coach, de la famille, de vous-même à seize ans.
  • Travailler le rapport à l'erreur, qui est très souvent le nœud central.
  • Réinstaller des repères de satisfaction indépendants du résultat, sans renoncer à la performance.
  • Reconstruire un rituel d'avant et d'après pratique qui n'alimente plus l'appréhension.

Ce ne sont pas des astuces : ce sont des mécanismes propres à chaque personne. C'est précisément pourquoi les conseils génériques trouvés en ligne ont si peu d'effet ici. « Reconnecte-toi à ta passion » ne dit rien à quelqu'un qui a arrêté de ressentir quoi que ce soit sur un terrain.

Quelques questions honnêtes

  • Quand avez-vous pris du plaisir sur un terrain pour la dernière fois ?
  • Vous souvenez-vous de la raison pour laquelle vous avez commencé ce sport ?
  • Est-ce qu'un entraînement annulé vous déçoit encore ?
  • Après une bonne performance, combien de temps la satisfaction dure-t-elle ?
  • Vous autorisez-vous à être content sans avoir gagné ?
  • Parlez-vous de votre sport avec envie, ou avec fatigue ?
  • Et votre enfant : est-ce qu'il raconte encore ses matchs ?

Aucune de ces questions n'attend une bonne réponse. Elles servent à voir où vous en êtes réellement, plutôt que là où vous pensez devoir en être.

Et si ce n'était pas la motivation qui manquait ?

Deux minutes. Cochez les affirmations qui vous ressemblent — ou qui ressemblent à votre enfant.

Ce que je reconnais

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Et si la question n'était pas de savoir si vous êtes encore assez motivé(e), mais de comprendre ce qui s'est mis entre votre sport et vous ?

Première séance d'anamnèse incluse Accompagnement dès 10 ans Aucun engagement

Annabelle Lauqué, préparatrice mentale à Soustons

Annabelle Lauqué

Préparatrice mentale certifiée (PNP, OMSAT-4) · Master Praticienne en hypnose ericksonienne · En cabinet depuis 2016
06 15 36 04 05 · contact@annabelle-hypnose.fr

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