Le mental des champions · Par Annabelle Lauqué, préparatrice mentale
Dimanche 20 septembre, les Girondins de Bordeaux ont enfin joué leur premier match officiel de la saison. Victoire 4-0 face à l'ES Saintes en Coupe de France, dans un stade sans aucun spectateur.
Un score logique face à un club de division départementale. Mais pour qui suit ce club depuis l'enfance, comme moi, ce match raconte autre chose : comment on reste compétitif quand plus rien n'est stable autour de soi.
1.Un été à s'entraîner sans savoir pour quoi
Exclus des championnats nationaux fin juin, les joueurs ont passé l'été sans compétition, avec uniquement des matchs amicaux. S'entraîner sans échéance claire, c'est l'une des situations les plus usantes pour un sportif. La motivation a besoin d'un cap.
Les joueurs qui tiennent dans ces périodes sont souvent ceux qui se fixent leurs propres objectifs : progresser sur un geste, gagner en condition physique, être prêt le jour où l'échéance arrivera.
Blessure, changement de club, catégorie pas encore connue, place sur le banc… Quand l'objectif extérieur disparaît, créez-en un intérieur. Un objectif par semaine, noté, vérifiable.
2.Jouer sans public : trouver sa motivation en soi
Un huis clos, c'est jouer sans le bruit, sans les encouragements, sans cette énergie qui porte les équipes. Pour un club habitué aux grandes affluences, c'est un vrai choc. Il faut aller chercher l'engagement ailleurs : dans le plaisir du jeu, dans le groupe, dans l'envie de se prouver quelque chose.
C'est ce qu'on appelle la motivation intrinsèque. C'est aussi la plus solide, parce qu'elle ne dépend de personne.
3.Le piège du « petit » adversaire
Face à une équipe de district, le risque était de jouer en dilettante. Les Bordelais ne l'ont pas fait : quatre buteurs différents, aucune fébrilité. Respecter un adversaire moins fort, ce n'est pas de la politesse, c'est de la lucidité. Les contre-performances naissent souvent d'un match joué « d'avance » dans la tête.
Chez les jeunes, ce piège est fréquent. Avant chaque match, fixez un objectif personnel qui a du sens quel que soit l'adversaire : nombre de duels gagnés, qualité des appels, communication avec les partenaires.
4.Laisser le bruit extérieur au vestiaire
L'avenir du club reste suspendu. Les joueurs le savent, et ils sont humains : l'inquiétude est légitime. Mais sur le terrain, elle ne sert à rien. Tout l'enjeu est de créer une frontière entre ce qui se passe hors du terrain et ce qui se passe dessus.
Au cabinet, je travaille souvent cette frontière avec un rituel d'entrée : un geste précis au moment de franchir la ligne de touche, une respiration, une phrase. Le rituel dit au cerveau : « maintenant, c'est le match ». Les soucis attendront la fin.
Tensions familiales, examens, conflit avec un coach… Construisez votre propre sas. Il ne supprime pas les problèmes, il les met en pause le temps du match.
5.La suite : un vrai test
Les Girondins affrontent maintenant un club de National 1. Après un succès facile, le danger est de croire que le plus dur est fait. C'est souvent l'inverse : une victoire acquise sans opposition ne prépare pas à l'intensité. La visualisation peut aider, en se représentant à l'avance les temps faibles, les moments où l'on sera bousculé, et sa propre réponse.
Si votre enfant traverse une saison chahutée (changement d'équipe, temps de jeu réduit, blessure), demandez-lui moins « Tu as joué combien de minutes ? » et davantage « Qu'est-ce que tu as appris cette semaine ? ». D'autres repères dans la rubrique Jeunes sportifs & parents.
À retenir
- Sans échéance extérieure, fixez-vous des objectifs personnels.
- La motivation la plus solide est celle qui ne dépend pas du public.
- Un adversaire moins fort se respecte : les contre-performances naissent dans la tête.
- Un rituel d'entrée sur le terrain permet de laisser le reste au vestiaire.
Retrouvez le suivi des Girondins dans la rubrique Le mental des champions, notamment Girondins : la tête, dernier terrain de jeu avant la N1, et découvrez la préparation mentale dans le football. Pour les sportifs en retour de blessure : l'accompagnement des blessures sportives.
Une saison qui ne se passe pas comme prévu ?
Blessure, banc, changement de club, perte de confiance : chaque accompagnement est construit pour le sportif, son sport et sa situation. J'accompagne les footballeurs dès 10 ans et les joueurs adultes, au cabinet de Soustons ou en visio partout en France.
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Faits d'après Footeo News, septembre 2026.