Girondins de Bordeaux : ce que la crise nous apprend sur le mental
Exclus des championnats nationaux, un avenir suspendu aux décisions des instances et du tribunal, des matchs de Coupe de France joués sans public… Depuis des semaines, les joueurs bordelais s'entraînent sans savoir de quoi demain sera fait. Derrière l'actualité sportive, il y a une vraie question de préparation mentale : comment rester performant quand tout, autour de soi, vacille ?
J'ai un lien particulier avec ce club. Je suis passée par le Centre de Formation des Girondins en 2008-2009 et je suis le club depuis l'enfance. Alors quand je vois ce qu'il traverse, je ne peux pas m'empêcher de le regarder aussi avec mes yeux de préparatrice mentale. Parce que ce que vivent ces joueurs, à une autre échelle, beaucoup de jeunes sportifs le vivent aussi.
Jouer sans savoir où l'on va. Girondins de Bordeaux.
Début septembre, les joueurs ont publiquement demandé des réponses claires sur leur avenir. Les plus jeunes, eux, attendent toujours de pouvoir débuter leur championnat. Imaginez : vous vous entraînez chaque jour, mais vous ne savez ni dans quelle division vous jouerez, ni dans quel stade, ni même si le club existera encore dans quelques semaines.
Pour le cerveau, l'incertitude est l'une des situations les plus coûteuses. Elle entretient un état d'alerte permanent : on anticipe, on rumine, on imagine les pires scénarios. Résultat, l'énergie mentale part dans ce qu'on ne maîtrise pas, et il en reste moins pour ce qui compte vraiment : le jeu.
On ne choisit pas ce qui nous arrive. On choisit où l'on met son attention.
Distinguer ce que l'on contrôle de ce que l'on ne contrôle pas
C'est souvent le premier outil que je travaille avec les sportifs que j'accompagne. Face à une situation floue, on trace deux colonnes :
- Ce que je ne contrôle pas : les décisions des instances, le choix d'un repreneur, le calendrier, le stade, l'arbitre, l'adversaire.
- Ce que je contrôle : la qualité de mon entraînement, mon sommeil, mon alimentation, mon attitude avec mes coéquipiers, ma routine d'avant-match, ma façon de réagir après une erreur.
Ramener son attention sur la deuxième colonne, ce n'est pas nier le problème. C'est refuser de lui laisser toute la place. Les joueurs qui traversent le mieux ces périodes sont rarement ceux qui s'inquiètent le moins, ce sont ceux qui savent revenir à ce qui dépend d'eux.
Jouer à huis clos : quand le public disparaît
Les Girondins disputent leurs prochains matchs de Coupe de France sans supporters. Pour un club porté par l'un des publics les plus fidèles de France, ce n'est pas anodin. Le public, c'est une source d'énergie, un élan collectif, parfois même ce qui fait tenir dans les moments difficiles.
Sans lui, le joueur doit aller chercher sa motivation à l'intérieur. C'est exactement ce que je travaille avec les jeunes : pourquoi est-ce que je joue ? Qu'est-ce que j'aime dans ce sport ? Quand la motivation repose uniquement sur le regard des autres, elle devient fragile. Quand elle repose sur le plaisir du jeu et sur des objectifs personnels, elle résiste bien mieux aux tempêtes.
Des outils simples aident à retrouver cet ancrage : une routine d'avant-match toujours identique, un mot-clé qui recentre, la bulle de concentration qui permet de se couper de l'extérieur, ou encore la visualisation des premières actions du match.
Le sommeil, premier signal d'alerte
Quand le stress s'installe dans la durée, le sommeil est souvent le premier touché. On met du temps à s'endormir, on se réveille la nuit avec des pensées qui tournent. Or le sommeil est le socle de la récupération physique et mentale. Un sportif qui dort mal réagit moins vite, gère moins bien ses émotions et se blesse plus facilement.
Dans une période d'incertitude, protéger son sommeil devient une priorité : horaires réguliers, écrans coupés avant le coucher, et un rituel pour « déposer » les préoccupations de la journée avant de s'endormir.
Et pour les jeunes sportifs ?
Votre enfant ne vivra sans doute jamais une crise comme celle des Girondins. Mais il connaîtra l'incertitude : une sélection qui tarde, un changement d'entraîneur, une blessure, un déménagement, un classement qui ne vient pas. Les mêmes mécanismes sont à l'œuvre.
Ce que vous pouvez faire en tant que parent : l'aider à nommer ce qu'il ressent, l'aider à repérer ce qui dépend de lui, et valoriser ses efforts plutôt que les seuls résultats. Et si l'inquiétude prend trop de place (sommeil perturbé, perte de plaisir, envie d'arrêter), c'est peut-être le moment d'en parler avec un(e) professionnel(le).
Ce que les Girondins nous rappellent
Le mental ne sert pas seulement à gagner les matchs. Il sert surtout à traverser les périodes où l'on ne maîtrise presque rien. Les joueurs bordelais le vivent aujourd'hui en grand. Nos jeunes sportifs le vivent à leur échelle, chaque saison. Dans les deux cas, cela se prépare, cela s'entraîne, comme le reste.
Et à tous les supporters qui continuent de se mobiliser : votre fidélité, elle aussi, c'est du mental.
Préparer son mental avant que la tempête arrive
J'accompagne les jeunes sportifs dès 10 ans (football, tennis), les sportifs adultes et les personnes qui souhaitent retrouver un sommeil de qualité. Chaque accompagnement est personnalisé.
Au cabinet du Centre Kiné Sport & Santé à Soustons, désormais ouvert aussi le mercredi, ou en visio partout en France.
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