Le mental des champions · Par Annabelle Lauqué, préparatrice mentale
Le week-end dernier, à Québec, l'équipe de France de Coupe Davis a été éliminée par le Canada, 3 victoires à 1. Favorite sur le papier, elle repart sans billet pour la phase finale de Bologne.
Le score dit peu de choses. Ce qui s'est joué dans les têtes, beaucoup. Voici ce que cette rencontre peut apprendre à tous les joueurs de tennis, en particulier à ceux qui entament la saison des matchs par équipes.
1.Favori : une étiquette qui ne gagne aucun point
Être favori, c'est entrer sur le court avec quelque chose à perdre. Et un joueur qui a quelque chose à perdre joue souvent pour ne pas perdre, plutôt que pour gagner : il sécurise, il retient son coup, il attend que l'autre se trompe.
En face, Liam Draxl, 205e mondial, n'avait rien à perdre. Il a battu Arthur Rinderknech en deux sets. Ce n'est pas un miracle, c'est un schéma classique : l'outsider joue libéré, le favori joue crispé.
Avant un match où vous êtes « censé » gagner, remplacez l'objectif de résultat (« je dois gagner ») par un objectif de jeu (« je prends la balle tôt », « je monte sur les balles courtes »). Le résultat ne se contrôle pas. Votre plan de jeu, si.
2.Mené 0-2 : jouer dos au mur
Après la première journée, la France n'avait plus droit à l'erreur. Cette situation, beaucoup de jeunes joueurs la connaissent en interclubs : quand les premiers simples sont perdus, les suivants entrent sur le court avec le poids de toute l'équipe sur les épaules.
Le piège, c'est de jouer le score de l'équipe au lieu de jouer son propre match. Le cerveau ne sait pas gérer « il faut sauver la rencontre ». Il sait gérer « premier service, grand angle ».
Réduisez l'enjeu à ce qui est devant vous : un match, un jeu, un point. C'est exactement le rôle de la bulle de concentration que je travaille avec les joueurs au cabinet.
3.Le double : l'énergie du collectif
Pierre-Hugues Herbert et Benjamin Bonzi ont remporté le double et relancé l'espoir. Le double a quelque chose de particulier : on n'est plus seul avec ses pensées. On se parle, on se tape dans la main, on se relance. L'émotion se partage, et elle se régule mieux.
Même en simple, vous pouvez créer ce « partenaire intérieur » : un mot-clé, une phrase d'encouragement préparée à l'avance, que vous vous répétez après un point perdu. On ne se parle jamais assez bien à soi-même sur un court.
4.Mener un set et 3-0… puis perdre
C'est le moment le plus instructif du week-end. Dans le match décisif, Arthur Rinderknech a mené un set à rien, puis 3-0 dans la deuxième manche. Félix Auger-Aliassime a fini par renverser la rencontre.
Tous les joueurs ont vécu ça, à tous les niveaux. Quand la victoire se rapproche, l'attention glisse du point en cours vers la ligne d'arrivée. On commence à « gérer », à calculer, parfois à imaginer l'après-match. Le bras se raccourcit, le jeu devient prudent. Et l'adversaire, qui n'a plus rien à perdre, se libère.
Quand vous menez, gardez exactement la même routine qu'à 0-0 : même respiration, même temps entre les points, même intention de jeu. C'est là qu'intervient le « switch » mental, un geste ou un mot qui ramène l'esprit au présent dès qu'il part vers le score.
5.Loin de chez soi, face à un public acquis
Le Canada jouait à domicile, porté par sa salle. Le public, comme l'arbitre ou le vent, ne dépend pas de vous. Lutter contre lui, c'est lui donner de l'importance. L'accepter comme un élément du décor, c'est le neutraliser.
6.Après la défaite : analyser sans se juger
Le capitaine Paul-Henri Mathieu a dit sa déception et son refus de se satisfaire de ce résultat. C'est une posture saine : reconnaître la défaite, en tirer des enseignements, sans tomber dans l'autocritique qui paralyse le match suivant.
Après une défaite dans un match serré, évitez « Tu menais, comment tu as pu perdre ? ». Essayez plutôt « À quel moment tu as senti que le match basculait ? ». Vous aidez votre enfant à repérer ses propres signaux, et c'est le premier pas pour les maîtriser. D'autres repères dans la rubrique Jeunes sportifs & parents.
À retenir
- Le statut de favori ne gagne aucun point : fixez-vous des objectifs de jeu, pas de résultat.
- Mené au score de l'équipe, jouez votre match, pas celui des autres.
- Quand vous menez, gardez la même routine qu'à 0-0.
- Après une défaite, on analyse. On ne se condamne pas.
Retrouvez d'autres décryptages dans la rubrique Le mental des champions, dont les leçons de Zverev à l'US Open 2026, et des outils contre le stress dans Compétition & performance. Pour aller plus loin : la préparation mentale au tennis.
Vous perdez des matchs que vous aviez en main ?
Ce n'est ni un manque de talent ni une fatalité. La gestion des moments clés se travaille, avec des outils concrets adaptés à votre jeu. J'accompagne les joueurs de tennis dès 10 ans ainsi que les adultes en compétition, au cabinet de Soustons ou en visio partout en France.
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Faits d'après la couverture de la rencontre par Eurosport, Univers Tennis et Sportmag, septembre 2026.