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Compétition & performance

Une double faute, une passe ratée, un but encaissé : ce n'est pas l'erreur qui fait basculer un match, c'est ce qui se passe dans la tête juste après. Voici comment reprendre la main.

Annabelle Lauqué◆Préparatrice mentale sportive◆Lecture 8 min

Joueuse de tennis concentrée, penchée en position d'attente, qui se remet en jeu après une erreur

Vingtième minute. Une passe en retrait un peu trop molle, l'attaquant adverse s'intercale, et c'est le but. Le jeune défenseur lève les yeux vers le banc, puis vers les tribunes. Pendant le quart d'heure qui suit, il ne demande plus le ballon. Il joue juste, sans risque, « pour ne pas rater ». Et il ne ressemble plus du tout au joueur qu'il est à l'entraînement.

Au tennis, la scène est la même sous une autre forme : une volée facile dans le filet à 5-4, et les trois points suivants s'envolent avec elle.

Ce qui s'est joué là, ce n'est pas un manque de talent. C'est une erreur qui a continué à jouer dans la tête bien après avoir été commise. La bonne nouvelle, c'est que la façon de réagir à une erreur se travaille, comme un geste technique.

L'essentiel en 30 secondes

  • L'erreur fait partie du jeu, à tous les niveaux. Ce qui compte, c'est la balle ou l'action suivante.
  • Après une erreur, l'attention reste souvent bloquée sur le passé et sur le jugement : c'est là que le match bascule.
  • Un reset en 3 temps (relâcher, une phrase-clé, recentrer) permet de revenir dans le présent en quelques secondes.
  • Ce reset s'improvise mal en match : il s'entraîne, à l'entraînement.

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01Pourquoi une erreur peut gâcher la suite du match

Commençons par une évidence qu'on oublie trop souvent au bord du terrain : tout le monde se trompe. Les meilleurs joueurs de tennis commettent des dizaines de fautes directes dans un match. Les meilleurs footballeurs perdent des ballons, ratent des passes, manquent des occasions. L'erreur n'est pas un accident du sport, elle en fait partie.

Ce qui distingue les sportifs qui « tiennent » mentalement, ce n'est donc pas qu'ils se trompent moins. C'est la vitesse à laquelle ils reviennent dans le présent après s'être trompés.

L'attention reste coincée dans le passé

Juste après une erreur, le cerveau fait ce qu'il sait faire : il la rejoue. Il cherche ce qui n'a pas marché, imagine ce qu'en pensent l'entraîneur, les coéquipiers, les parents. Pendant ce temps, l'action suivante commence, et l'attention n'est pas là pour elle.

Le corps se tend

La frustration ou l'inquiétude se ressentent physiquement : épaules qui montent, mâchoire serrée, respiration plus courte. Or un geste sportif fluide demande du relâchement. Un corps crispé frappe moins juste, contrôle moins bien, réagit moins vite.

On se met à jouer « pour ne pas rater »

C'est souvent le piège le plus coûteux. Après une erreur, l'objectif change sans qu'on s'en rende compte : on ne joue plus pour réussir, on joue pour ne pas se tromper à nouveau. On prend moins d'initiatives, on retient ses coups, on se cache. Et paradoxalement, c'est souvent là que les erreurs s'enchaînent.

Ce n'est pas l'erreur qui fait le match. C'est la balle d'après.

02Les trois pièges après une erreur

Avant d'apprendre à rebondir, il est utile de reconnaître sa propre façon de réagir. La plupart des sportifs tombent dans l'un de ces trois pièges, parfois dans les trois.

Ruminer

On rejoue l'erreur en boucle : « Pourquoi j'ai fait ça ? J'aurais dû… ». L'esprit analyse au mauvais moment. L'analyse a sa place, mais après le match, pas pendant.

Se juger

On passe de « j'ai raté ce coup » à « je suis nul(le) ». L'erreur ne porte plus sur un geste, mais sur soi. C'est ce glissement qui fait chuter la confiance pour le reste du match.

Compenser… ou se cacher

Soit on veut se racheter tout de suite, avec un coup trop risqué ou une course folle. Soit on se fait oublier : on ne demande plus le ballon, on remet la balle « au milieu ». Dans les deux cas, on ne joue plus son jeu.

03Le reset en 3 temps : revenir au présent en quelques secondes

L'objectif n'est pas d'oublier l'erreur par la force de la volonté, ni de « positiver » à tout prix. Il s'agit de donner au cerveau une autre tâche que celle de rejouer le passé. C'est le principe des routines utilisées par de nombreux sportifs entre deux actions : une courte séquence, toujours la même, qui ramène l'attention sur ce qui compte maintenant.

Fiche pratique · Le reset en 3 temps

Relâcher

Une longue expiration par la bouche, les épaules qui redescendent, les mains qui se desserrent. Associez-y un geste repère : remettre ses cordes droites, réajuster ses chaussettes, frotter ses mains. Ce geste devient le signal « on passe à autre chose ».

Une phrase-clé

Remplacez « je suis nul » par une consigne courte, tournée vers l'action : « Prochaine balle », « Appuis », « Demande le ballon », « Regarde la balle ». Choisissez-la à l'avance, à l'entraînement, plutôt que de la chercher en pleine tension.

Recentrer

Fixez un point d'attention concret pour l'action qui vient : la zone où vous voulez servir, le placement de votre adversaire direct, votre première touche de balle. L'attention a besoin d'un objet précis, sinon elle repart vers l'erreur.

Durée visée : moins de 15 secondes. Le reset ne remplace pas l'analyse de l'erreur : il la reporte à plus tard, au moment où elle sera utile.

Pourquoi la phrase-clé compte autant

Le dialogue intérieur, ce que l'on se dit à soi-même, est l'un des outils les plus étudiés en psychologie du sport. Une méta-analyse portant sur 32 études a montré que le travail sur le dialogue intérieur améliore la performance, avec un effet plus marqué pour les gestes précis et techniques. Les consignes de type « instructionnel » (une indication technique courte) semblent particulièrement utiles pour ce genre de gestes, tandis que les phrases motivationnelles aident davantage l'énergie et l'engagement.

En pratique : après une erreur technique, préférez une consigne (« appuis », « accompagne ») ; après un passage à vide, une phrase d'énergie (« on y va », « je reste dedans »).

04Tennis, football : adapter le reset à votre sport

Au tennis : utiliser le temps entre les points

Le tennis offre un avantage précieux : quelques secondes entre chaque point. C'est le moment idéal pour le reset. Tournez le dos au filet après l'erreur, marchez vers le fond du court en relâchant les épaules, touchez vos cordes, puis choisissez votre intention pour le point suivant avant de vous replacer. Pour aller plus loin sur les émotions sur le court, lisez Le tennis, le seul sport où tu es seul face à toi-même.

Au football : un reset express, en mouvement

Au football, le jeu ne s'arrête pas pour vous laisser respirer. Le reset doit donc être plus court et se faire en mouvement : une expiration forte en reprenant sa position, un geste repère (taper dans ses mains, toucher son protège-tibia), et une phrase-clé qui pousse vers l'action, comme « demande le prochain ». Le collectif aide aussi : un mot d'un coéquipier ou un simple « allez, au prochain » change beaucoup de choses. Retrouvez mon approche sur la page préparation mentale dans le football.

05Adapter le reset selon l'âge

  • 10-13 ans : rendez l'outil concret et ludique. Par exemple, une « poubelle à erreurs » imaginaire : on fait le geste de jeter l'erreur derrière soi, puis on dit son mot magique. Un seul mot-clé suffit, choisi par l'enfant lui-même.
  • 14-17 ans : construisez une phrase-clé personnelle et un geste repère que le jeune s'approprie. À cet âge, le regard des autres pèse beaucoup : rappeler que tous les joueurs se trompent aide à dédramatiser.
  • Adultes : travaillez aussi le discours de fond. Repérez vos phrases automatiques après une erreur (« comme d'habitude », « je ne progresse pas ») et préparez leur remplacement.

06S'entraîner à rater

Un reset qu'on découvre le jour du match ne fonctionne presque jamais. Sous pression, le cerveau revient à ses habitudes. Il faut donc en faire une habitude à l'entraînement, comme un geste technique.

  • Pratiquez le reset après chaque erreur d'entraînement, même sans enjeu, pour qu'il devienne automatique.
  • Créez des situations d'erreur : jouer un point en partant de 0-30, défendre un score défavorable, enchaîner une action juste après une erreur volontaire.
  • Valorisez le rebond, pas seulement la réussite : un point bonus pour l'action réussie juste après une erreur, par exemple.

Les routines s'installent avec la répétition. J'en explique le fonctionnement dans L'importance de la routine dans la préparation mentale, et la respiration carrée peut servir de base au premier temps du reset.

07Parents, entraîneurs : que faire après une erreur ?

Depuis le bord du terrain, la réaction des adultes compte énormément. Un soupir, des bras qui retombent, une consigne criée : le jeune les perçoit, et ils alourdissent l'erreur.

  • Pendant le match : rien, ou un encouragement court et neutre (« allez, la suivante »). Pas d'analyse.
  • Après le match : laissez retomber l'émotion avant d'en parler, et commencez par ce qui a été bien fait, notamment la façon de rebondir.
  • Valorisez le reset lui-même : « J'ai vu que tu as repris ta respiration après la double faute, et le point d'après était super. »

Pour trouver les bons mots, vous pouvez lire Ces phrases qui freinent un jeune sportif et ce qu'on peut dire à la place et Que dire à son enfant après une défaite sportive ?.

08Quand une erreur fait « décrocher » tout le match

Chez certains sportifs, une seule erreur suffit à faire basculer tout un match, et cela se répète d'une compétition à l'autre. La peur de rater finit parfois par empêcher de jouer librement. Ce n'est pas un défaut de caractère : c'est un fonctionnement qui peut évoluer avec un accompagnement adapté.

Un travail en préparation mentale permet d'identifier ce qui se passe après l'erreur, de construire un reset sur mesure et de travailler la confiance de fond. Le bilan OMSAT-4 (dès 13 ans) aide aussi à repérer les habiletés à renforcer, comme la concentration ou le contrôle des émotions. Plus d'informations sur la page préparation mentale des sportifs.

09Questions fréquentes

Comment ne plus penser à une erreur pendant un match ?

Chercher à « ne plus y penser » fonctionne rarement. Il est plus efficace de donner une autre tâche à l'attention : relâcher le corps, se dire une phrase-clé tournée vers l'action, puis se fixer un point précis pour l'action suivante. C'est le principe du reset en 3 temps.

Pourquoi mon enfant s'effondre-t-il après une erreur ?

Souvent parce que l'erreur ne porte plus sur un geste, mais sur lui-même (« je suis nul »), et parce qu'il craint le regard des adultes. Dédramatiser l'erreur, valoriser la façon de rebondir et lui donner un outil simple, comme un geste et un mot-clé, l'aide progressivement.

Combien de temps faut-il pour se remettre d'une erreur ?

Le reset lui-même dure moins de 15 secondes. Mais il devient efficace avec l'entraînement : il faut généralement le pratiquer régulièrement à l'entraînement pendant plusieurs semaines avant qu'il devienne automatique en match.

Faut-il analyser ses erreurs pendant le match ?

Une brève correction technique peut aider (« plus de jambes », « accompagne »), mais l'analyse détaillée a sa place après le match, à froid. Pendant le match, l'objectif est de revenir à l'action suivante.

Le reset fonctionne-t-il aussi pour les adultes ?

Oui. Les principes sont les mêmes à tout âge : relâcher, se donner une consigne utile, recentrer l'attention. Chez l'adulte, il est souvent utile de travailler aussi sur les phrases automatiques qui reviennent après une erreur.

10La balle d'après

Les sportifs qui tiennent dans les moments difficiles ne sont pas ceux qui ne se trompent jamais. Ce sont ceux qui ont appris à laisser l'erreur derrière eux le temps du match, pour la retrouver plus tard, au calme, quand elle devient une leçon plutôt qu'un poids.

Une respiration, un mot, un point d'attention : c'est simple. Ce qui demande du travail, c'est d'en faire une habitude. Et c'est précisément ce qui s'entraîne.

Annabelle Lauqué, préparatrice mentale sportive spécialisée sommeil et performance

Annabelle Lauqué

Préparatrice mentale sportive certifiée (PNP, OMSAT-4) et Maître Praticienne en Hypnose Ericksonienne, titulaire d'un Master 1 en psychologie clinique, santé et sport. Elle accompagne depuis 2016 les sportifs dès 10 ans, les adultes et les parents, au cabinet à Soustons ou en visio, avec une attention particulière au tennis et au football.

Sources

  1. Hatzigeorgiadis, A., Zourbanos, N., Galanis, E. & Theodorakis, Y. (2011). Self-talk and sports performance: A meta-analysis. Perspectives on Psychological Science, 6(4), 348-356. doi.org/10.1177/1745691611413136
  2. Cotterill, S. T. (2010). Pre-performance routines in sport: current understanding and future directions. International Review of Sport and Exercise Psychology, 3(2), 132-153. doi.org/10.1080/1750984X.2010.488269

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