Blog — Préparation mentale du sportif
Le tennis, le seul sport où il n'y a personne pour te sauver
Pas de coéquipier pour rattraper l'erreur. Pas de coach pour crier une consigne en plein point. Juste toi, ta raquette, et ce qui se passe dans ta tête.
Par Annabelle Lauqué, Préparatrice Mentale du Sport (PNP)
Une raquette qui vole contre le grillage. Une insulte lancée à soi-même, assez fort pour que tout le court l'entende. Un regard vide après une double faute à 5 partout. Si vous avez déjà joué au tennis, ou si vous avez déjà regardé votre enfant jouer, vous avez déjà vu cette scène. Peut-être même vécue.
Ce n'est pas un manque d'éducation. Ce n'est pas "juste un sale caractère". C'est le tennis lui-même qui provoque ça — plus que presque n'importe quel autre sport. Et comprendre pourquoi change complètement la façon d'y faire face.
Pourquoi le tennis rend fou plus qu'un autre sport
Dans un sport collectif, une erreur se dilue dans le collectif. Un coéquipier peut rattraper, un coach peut ajuster à la mi-temps, le groupe absorbe une partie de la pression. Au tennis, rien de tout ça. Chaque point est joué seul, chaque erreur est immédiatement et visiblement la vôtre, et il n'y a personne à qui la partager.
Pire : entre deux points, il n'y a rien pour vous couper de vos propres pensées. Pas d'action collective à suivre, pas de partenaire à qui parler. Juste vous, votre respiration, et le temps de ruminer une erreur qui vient de se produire — jusqu'au point suivant, où il faut pourtant repartir comme si de rien n'était.
Le tennis ne vous met pas face à un adversaire. Il vous met face à vous-même, pendant deux heures, sans échappatoire.
La raquette cassée n'est pas le problème — c'est un symptôme
Casser sa raquette, insulter l'arbitre ou se traiter soi-même de tous les noms : ce sont des sorties de route, presque toujours provoquées par le même mécanisme. Une frustration accumulée sur plusieurs points, sans exutoire, qui finit par exploser sur un geste — souvent après une erreur qui, seule, ne justifierait pas une telle réaction.
Le vrai problème n'est donc pas la raquette cassée elle-même. C'est l'absence d'un endroit où mettre la frustration avant qu'elle n'explose. Sans outil pour évacuer la tension entre les points, elle s'accumule — et sort, tôt ou tard, quelque part.
Ce n'est pas votre "mental" qui est en cause dans l'absolu — c'est l'absence d'une routine entre les points pour évacuer la tension avant qu'elle ne déborde. Ce point qui vient de se jouer n'est déjà plus le plus important : le seul qui compte est le suivant.
Une raquette cassée ou une insulte lancée sur le court ne signale pas un problème de caractère, mais un trop-plein qui n'a pas trouvé où se loger avant. Le reprendre à froid, après le match, aide bien plus qu'une réaction à chaud dans les gradins.
Ce qui change vraiment la donne
Le tennis étant un sport solitaire, la seule ressource disponible entre deux points, c'est vous-même. Ce qui signifie que le levier le plus puissant n'est ni la technique, ni le physique — c'est ce que vous faites de ces quelques secondes entre chaque échange.
Trois réflexes qui évitent l'explosion
- Une routine fixe entre les points — un geste, une respiration, qui recentre avant le point suivant.
- Un "geste de clôture" après chaque point, gagné ou perdu, pour éviter que la frustration ne s'accumule.
- Une phrase-clé tournée vers l'action — "je joue mon jeu" plutôt que "je ne dois pas refaire cette erreur".
Ces trois réflexes ne suppriment pas la pression d'un match serré. Mais ils évitent qu'elle ne s'accumule sans exutoire jusqu'à sortir sur une raquette, un arbitre, ou soi-même.
Le problème, c'est que ces réflexes ne s'improvisent pas un jour de match. Ils se construisent à l'entraînement, semaine après semaine, avec une méthode adaptée à l'âge du joueur ou de la joueuse — pas les mêmes mots à 11 ans qu'à 16 ans.
Les guides tennis d'Annabelle Lauqué
Trois ebooks, un par profil, pour ne plus subir les points serrés.
Ma Boîte à Outils Mentale
5 outils simples pour gérer stress et confiance en match.
Ta Boîte à Outils Mentale
Respiration 4-2-6, séquence 4R, routine de match.
Les Points Décisifs
Balle de break, tie-break, balle de match : la balle la plus importante est toujours celle que tu joues.
Et si c'est vous, parent, qui ne savez plus quoi faire de votre propre frustration sur le bord du court : le guide Parent de Bord de Terrain (9,90€) traite exactement de ça — encourager sans pression, gérer sa propre frustration face à l'arbitrage, savoir quand se taire.
Six mois plus tard : l'histoire de Léa, 14 ans
Léa jouait au tennis depuis l'âge de 7 ans, avec un niveau technique que son entraîneur qualifiait de très solide. Mais depuis quelques mois, elle perdait des matchs qu'elle aurait dû gagner face à des adversaires de niveau égal ou inférieur — pas par manque de niveau, mais parce qu'elle craquait mentalement dès qu'un match se resserrait : raquette jetée, larmes, parfois l'envie d'abandonner en plein match après une série d'erreurs.
Contrairement à une idée reçue, une défaite ne retire pas directement de points au classement français (FFT) : seules les victoires en rapportent, calculées sur les 12 derniers mois glissants. Le problème de Léa n'était donc pas une chute de classement, mais une stagnation : classée 30 depuis plus d'un an, un niveau tout à fait honorable pour son âge, elle ne parvenait jamais à passer le cap du 15/5, l'échelon suivant. La règle FFT est stricte sur ce point : pour monter à un échelon, il faut avoir battu au moins une fois un joueur déjà classé à cet échelon. Léa avait donc besoin d'une victoire face à une 15/5 — et c'est précisément sur ce type de match, contre plus fort qu'elle, que ses blocages mentaux la faisaient craquer.
Ses parents ont pris rendez-vous pour un accompagnement individuel. Les premières séances ont surtout servi à comprendre ce qui se passait réellement dans sa tête entre les points, dans ces matchs qui basculaient toujours au même moment — un flot de pensées critiques ("t'es nulle", "tu vas encore perdre") qu'elle ne remarquait même plus tellement elles étaient devenues automatiques.
Sur six mois, le travail a porté sur trois axes : une routine fixe entre les points pour casser l'automatisme des pensées négatives, un discours interne reformulé phrase par phrase, et une préparation spécifique avant les matchs à enjeu — en particulier face à des adversaires mieux classées, là où tout se jouait. Les progrès n'ont pas été linéaires — certaines séances ont porté leurs fruits immédiatement, d'autres ont demandé plusieurs semaines avant de se voir sur le court.
Six mois après la première séance, Léa a battu une joueuse classée 15/5 en tournoi — la victoire qui lui manquait depuis plus d'un an — et elle est aujourd'hui classée 15/5 à son tour. Le changement le plus marquant, selon ses propres mots, n'est pourtant pas le classement : c'est qu'elle a recommencé à aimer jouer, y compris les matchs serrés qu'elle redoutait auparavant.
C'est l'un des accompagnements les plus émouvants que j'ai menés, parce qu'une vraie relation s'est construite entre Léa et moi. Quand j'accompagne un jeune sportif, il y a un échange quasi quotidien : un retour après chaque match, après chaque tournoi. C'est ma façon de travailler, et je crois profondément que ce qui fait la valeur de cette relation, entre moi et les joueurs que j'accompagne, c'est la confiance et le partage. C'est, je crois, la clé de la réussite de mes accompagnements.
Le classement a fini par suivre. Ce qui a vraiment changé, c'est sa relation à l'échec pendant le match lui-même.
Et si le déclic ne suffit pas ?
L'histoire de Léa n'est pas une exception. Certains blocages sur le court s'installent dans la durée et méritent un accompagnement individualisé — quand la colère revient match après match malgré les efforts, ou quand le plaisir de jouer a disparu depuis trop longtemps.
Prendre rendez-vous
En cabinet au Centre Kiné Sport & Santé à Soustons (Landes), ou en téléconsultation partout en France.
Une question avant de réserver ? Écrivez par WhatsApp ou SMS au 06 15 36 04 05.
Suivre et échanger